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WPD 1

Activités de diffusion du savoir et de l’expertise
des sciences humaines sur la Méditerranée

Table-ronde

 

Méditerranée et nouveau Moyen-Orient : quelles constructions stratégiques ?

 

Rencontre du

Vendredi 15 décembre 2006

 

 

 

Au moment où une nouvelle architecture internationale se dessine, opérant une coupure entre deux  mondes identifiés par leur culture et leur région, il paraît nécessaire de revenir, sous la forme d’un débat, sur la Méditerranée et le nouveau Moyen-Orient dans le cadre de nouvelles constructions stratégiques.
 

 INVITATION

 

Vendredi 15 décembre 2006 de 15:00 à 18:30
 

Salle de Conférences, 27, rue de la Procession, 75015 Paris
(Métro : Volontaires)

 

Dans le cadre du programme Ramsès² (Réseau d’excellence des centres de recherche en sciences humaines sur la Méditerranée), table ronde sur :

 

Méditerranée et nouveau Moyen-Orient :
quelles constructions stratégiques ?

 

Table-Ronde autour de :

Joseph Bahout, IEP Paris
Dominique David, Ifri

Bruno Etienne, Observatoire du religieux, Aix-en-Provence

Thierry Fabre, MMSH
François Gouyette, Ambassadeur EuroMed
Giovanni Levi, Université de Venis
Farouk Mardam-Bey, IMA – Actes Sud
Khadija Mohsen-Finan, Ifri
Kalypso Nicolaïdis, Université d’Oxford
Pierre Thénard, Ministère des Affaires étrangères
Mohammed Tozy, Université de Casablanca

Ecouter les interventions:

 

 Table-Ronde : Méditerranée et nouveau Moyen-Orient : quelles constructions stratégiques ?
 

Khadija Mohsen-Finan

Introduction

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Dominique David

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

François Gouyette

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Thierry Fabre

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Nicolaidis Kalypso

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Mohamed Tozy

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Giovanni Levi

 

 

Méditerranée
et nouveau Moyen-Orient

Joseph Bahout

 

 

Penser la Méditerranée

 

 

 

 

Compte-rendu de la table ronde de Paris


Khadija Mohsen-Finan, Ifri, Paris

Le public

Notre objectif était en effet clair, il s’agissait de faire connaître les études conduites au sein de notre réseau à un public autre qu’académique. Pour l’Ifri, il s’agissait alors de mobiliser son public privilégié, composé de décideurs politiques, de diplomates, de journalistes, de fonctionnaires et de chefs d’entreprises.

La meilleure façon d’attirer ce public était sans doute d’organiser un débat sur l’actualité la plus brûlante. Il porta donc sur Méditerranée et nouveau Moyen-Orient : quelles constructions stratégiques ?

Les intervenants

Pour animer ce débat, des membres du réseau ont été invités à participer à cette manifestation : Thierry Fabre (MMSH), Giovanni Lévi (université de Venise), Kalypso Nicolaïdis (université d’Oxford), Mohamed Tozy (université de Casablanca) et naturellement Khadija Mohsen-Finan.

Il paraissait également utile de pouvoir solliciter d’autres intervenants, comme Dominique David, directeur exécutif de l’Ifri et spécialiste des questions de stratégie et de sécurité, l’ambassadeur François Gouyette, ambassadeur EuroMed, Pierre Thénard, sous-directeur à la direction des affaires stratégiques du ministère français des Affaires étrangères et enfin Joseph Bahout, enseignant et chercheur à l’institut d’études politiques de Paris.

La thématique

Au moment où une nouvelle architecture internationale se dessine, opérant une coupure entre deux mondes identifiés par leur culture et leur religion, il nous a paru nécessaire de revenir, sous la forme d’un débat, sur la Méditerranée et le nouveau Moyen-Orient dans le cadre de nouvelles constructions stratégiques.

Contenu non intégral des interventions

Dans son introduction, Khadija Mohsen-Finan précisait que les fondamentaux de la stratégie américaine étaient remis en question pour trois raisons principales :

  • le désastre irakien et la ré appréciation de la présence américaine en Irak ;

  • l’enlisement du conflit israélo-palestinien ;

  • la tension extrême observable au Liban,Israël entendait changer la carte politique au prix d’une guerre.

  • Au-delà de ces axes qui ont été privilégiés durant le débat, il fallait aussi revenir sur la volonté américaine de démocratiser le monde arabe dont on a vu les limites avec le blocus contre les Palestiniens pour sanctionner le résultat de leur scrutin démocratique, sanction à laquelle les Européens ont participé et qui contribue à brouiller le message démocratique de l’Occident à l’égard de cette région du monde.

    Dominique David a marqué son scepticisme quant au titre même de la table ronde. Pour lui, la Méditerranée n’a pas d’existence objective, quant au « nouveau Moyen- Orient », c’est au choix, un rêve ou un mythe, mais pas un espace géographique objectif.

    Son propos s’est articulé autour de la stratégie des acteurs, avec une série de questions relatives à :

  • la dialectique entre acteurs internes et acteurs externes en matière de sécurité sur la question irakienne ;

  • la question palestinienne ;

  • la question iranienne avec la nucléarisation possible de ce pays et la redéfinition de sa posture dans l’espace régional

  • Aucune de ces questions ne peut trouver de réponse à partir des forces locales, il faut donc compter sur des interventions et des pressions extérieures, dont il faut identifier les acteurs. Il y a bien sûr les Etats-Unis, présents dans la région et qui bénéficiaient d’une situation de monopole stratégique au début des années 1990. Ils sont aujourd’hui un acteur parmi d’autres, même s’ils représentent un acteur nécessaire.

    L’Union européenne est l’autre acteur, mais elle apparaît comme une bonne volonté peu crédible, pour preuve, ce qui se passe en Palestine ou au Liban. La pire des situations est peut-être celle qui se dessine devant nous, avec des Etats-Unis faibles, une Union européenne diaphane et des Nations Unies intrumentalisées.

    Il faut également parler de la prolifération des armements surtout nucléaires, question très préoccupante dans l’espace considéré et ce, pour deux raisons :

  • l’enclenchement éventuel des nucléarisations et proliférations dans la région avec à terme, la question de la gouvernabilité du système ;

  • des plates-formes nucléaires étatiques peuvent éventuellement diffuser leur arme nucléaire à des entités non-étatiques, ce qui renvoie au lien possible entre prolifération et terrorisme.

  • Pour autant, faut-il penser à dénucléariser cet espace méditerranéen ? Se pose alors la question de la dénucléarisation d’Israël qui n’est exigible ni à partir des critères moraux ni à partir de critères juridiques. La réponse ne peut résider que dans le TNP tel qu’il existe aujourd’hui.

    En outre, les visions globalistes qui concernent cette région sont-elles toujours à l’ordre du jour? Aujourd’hui, il semble davantage être question de représentations sans grande efficacité stratégique. La vision du Grand Moyen-Orient n’a pas donné lieu à une stratégie globale, quant au projet de Barcelone, son échec est peut- être dû au fait que la stratégie mise en place était globale, au moment où la Méditerranée éclatait après la guerre froide. Il faut sans doute adopter des modes de coopération ad hoc pour chacune des questions, et concevoir des coopérations plus régionalement limitées (par exemple le 5 + 5 est un forum où les choses avancent).

    Naturellement, les grandes stratégies de sécurité ne valent rien sans la stabilité des sociétés. Mais les sociétés doivent être pacifiées sans rester immobiles. Cela nécessite une capacité de développement économique, une ouverture et une circulation culturelles et une dynamique de démocratisation. Sur les deux derniers facteurs, les Etats sont aujourd’hui impuissants, seules les sociétés civiles ont un rôle à jouer dans ce sens.

    L’ambassadeur Gouyette a souhaité donner son avis sur ces appréciations :

  • ce qui a été dit sur l’UE est excessif, surtout au regard de la crise du Liban. La France et l’Italie ont essayé de peser sur le cours des événements, leurs engagements sur le terrain en témoignent ;

  • en ce qui concerne l’appréciation récurrente du processus de Barcelone, il n’y a pas lieu de parler d’échec, ce processus n’a que 10 ans, il est évolutif et s’inscrit dans le temps long.

  • Thierry Fabre

    A commencé son propos en inscrivant cette manifestation dans le cadre des activités de Ramsss², prenant soin de rappeler la composition de ce réseau et son objectif.

    Il a par ailleurs livré ce qu’il a appelé des hypothèses de réflexion sur la relation Europe / Méditerranée d’un côté et Etats-Unis/Moyen-Orient de l’autre, sortes de miroirs décalés et dont le décalage tient essentiellement à la relation distincte à la force et au droit.

    Pour lui, lorsqu’on observe la manière dont Européens et Américains ont agi au Moyen-Orient, deux questions se posent d’emblée :

  • Sur quoi repose cette distinction ?

  • Comment imaginer les constructions stratégiques qui se dessinent dans cette région ?

  • Trois figures lui servent de repères dans son analyse : Hannah Arendt, Raymond Aron et Edgar Morin.

    Arendt a montré que la force a caractérisé l’histoire de l’Europe aux XIX et XX siècles, à tel point que l’Europe a aujourd’hui du mal à se poser en modèle. Elle ne peut plus exporter la liberté ou la civilisation par la force, cela la différencie des Etats-Unis.

    Quant à Aron, il parle de « l’impuissance de la force ». En fait, tout ne se joue pas sur le seul terrain militaire, même si celui-ci ne saurait être négligé. Les conclusions du rapport Baker ou encore le bilan militaire israélien au Liban en témoignent.

    Pourtant, ce rapport à la force est ancré dans les idées des néo-conservateurs. Bernard Lewis avait déjà développé auparavant l’idée que les Arabes ne comprenaient en fin de compte que le langage de la force.

    Dans le projet européen, le droit surplombe la force. Dans Penser l’Europe, Edgar Morin écrivait : « la nouvelle conscience européenne est une conscience de notre fragilité ».

    Dans ce cas de figure, les institutions reposent bien sur des principes de droit. Nous sommes dans un modèle des relations internationales qui se différencie fondamentalement du projet américain de Grand Moyen-Orient qui consiste à redessiner la carte par la force et au nom du droit et de la civilisation.

    Comment penser les constructions stratégiques compte tenu de cet écart ?

    Le processus européen est un projet hégémonique et non un projet d’empire. Le rapport à la force et au droit est différent dans les deux cas, de même que les représentations stratégiques en ce qui concerne le Moyen-Orient.

    Du fait de ces divergences dans la manière d’appréhender cette région du monde, deux grandes tendances semblent se dessiner aujourd’hui:

  • La construction d’un bloc occidental, avec la figure de l’islam comme ennemi (dans le sillage de Samuel Huntington)

  • La définition d’un « monde de significations communes », comprenant un monde intermédiaire qui serait le monde méditerranéen, un lieu à partir duquel peut se fonder une grande politique de médiations culturelles et religieuses. Compte tenu de l’importance croissante des phénomènes d’immigration et de diasporas, il s’agit pour l’Europe d’un enjeu stratégique qui se joue aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

  • Finalement, entre Islam et Occident, figure un monde intermédiaire qui peut être un monde commun, le monde méditerranéen.

    Pour Kalypso Nicolaïdis, une des failles de l’Europe c’est le décalage existant entre l’Union européenne et les Etats européens. Il y a certes des institutions à Bruxelles, mais derrière, il y a des Etats qui jouent un jeu national et ce contraste se retrouve en géopolitique.

    Il y a aussi un décalage entre une réalité néo-coloniale et des ambitions post-coloniales. Peut-on avoir une vision européenne du monde méditerranéen qui soit réellement post-coloniale et non néo-coloniale ? c’est-à-dire qui intègre le passé colonial de l’Europe tout en le dépassant.

    En tant qu’Européens, il s’agit pour nous de savoir si nous pouvons être une alternative aux Etats-Unis ? La question sera déclinée à partir de quelques thèmes centraux : mémoire des conflits, conflits des mémoires, la démocratie, rôle de l’Europe dans la résolution des conflits.

    Quel rôle peut jouer l’Europe dans ce travail de mémoire. Cette interaction entre mémoire et identités crée des conflits, mais dans le même temps, la mémoire est porteuse de résolution des conflits. Sur la question de la démocratie, si en tant qu’Europe ou Européens, nous ne pouvons pas exporter la démocratie, pouvons-nous aider les autres à l’inventer, à la créer, à se l’approprier ? Par exemple, comment l’UE va agir avec les mouvements islamistes modérés qui eux-mêmes jouent le jeu de la démocratie ?

    Giovanni Lévi est également revenu sur cette question de la démocratie, précisant qu’aujourd’hui le modèle occidental était particulièrement faible. Ce modèle a perdu de son influence. Les modèles de développement sont à présent totalitaires et populistes comme en Chine ou en Amérique latine. Qu’avons-nous donc comme modèle de démocratie à proposer ?

    Nous avons certainement nombre de choses à apprendre du sud ; il faut, d’un point de vue culturel, rétablir les ponts avec cette rive sud et prendre en considération ce qu’elle a à nous offrir. Il faut nécessairement éviter cette coupure entre les deux rives, entretenue par le discours du pape qui est franchement anti-musulman. L’église fait aussi pression sur Romano Prodi dans ce sens, parce qu’il a une politique faible.

    Il y a une autre question à considérer si nous voulons réévaluer notre rapport au Moyen-Orient, c’est la question d’Israël. Ce pays s’est construit en ne reconnaissant pas les autres. Peut-on vraiment le considérer comme démocratique alors qu’il n’a pas de constitution ?

    Mohamed Tozy a insisté sur l’invisibilité de la catégorie Europe à partir des pays de la rive sud. Cette invisibilité est notamment due au fait que l’UE gère mal la question turque.

    Il y a donc une difficulté certaine à lire la politique de l’UE dans le cadre méditerranéen.

    Ce qui est dominant aujourd’hui, c’est l’environnement dévasté à cause de la guerre en Irak qui a bouleversé la donne, générant nombre de conséquences :

  • La politique américaine au Moyen-Orient a accéléré l’affaiblissement des acteurs régionaux, comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite par exemple.

  • Elle a aussi conduit à affaiblir certains régimes qui ne jouent plus de rôle au niveau régional comme le Maroc ou encore l’Algérie.

  • Elle a aussi contribué à l’affaiblissement des acteurs de l’islam politique. Le champ de bataille en Irak a marginalisé l’islam politique au niveau des Etats.

  • Échec des moyens de démocratisation. Que signifie démocratiser un pays aujourd’hui ? cela veut-il dire soutenir la société civile ? le partis politiques ? mettre en place de nouvelles constitutions ? Le modèle démocratique est lui-même en repli et les capacités de production de modèles autochtones sont neutralisées. Nous sommes de plus en plus dans des systèmes politiques qui sont à la merci des opinions publiques.

  • Concernant l’intitulé de la manifestation, Pierre Thénard a relevé que plus personne ne parle du « monde arabe » aujourd’hui. On évoque le Sud, la Méditerranée, l’Afrique du Nord - le Moyen-Orient (élargie ou pas : MENA, BMENA), le « Grand Moyen-Orient », terminologies plaquées sur une réalité complexe et qui renvoient à des constructions stratégiques imposées de l’extérieur aux sociétés de la région.

    Revenant sur la politique américaine au Moyen-Orient, il observe qu’on en fait souvent une lecture téléologique (on voudrait qu’elle soit telle qu’on la souhaite, quitte à faire preuve d’une cécité prolongée face à son caractère proprement révolutionnaire sous l’Administration Bush). Sommes-nous vraiment dans une phase de reflux des néo-conservateurs ? Certes, beaucoup sont partis mais d’autres sont restés au cœur du système (comme Elliott Abrams), et ils n’ont jamais résumé à eux seuls le nouveau cours. On constate aujourd’hui un certain retour des idéalistes (James Baker) ou supposés tels (Condoleezza Rice), mais il ne faut pas se tromper de perspective : le grand projet américain est intact, il peut connaître des inflexions tactiques, mais sans doute pas de bouleversement, notamment au Moyen-Orient. Il ne faut pas non plus se bercer d’illusions : avec les démocrates au pouvoir, on ne reviendra pas aux années 1990 ; certains d’entre eux ne sont même pas très éloignés des idées transformationnistes chères à Madame Rice.

    Que peut faire l’Europe face à cette politique américaine ? Il faut sans doute intégrer notre propre expérience européenne dans la vision américaine et les mécanismes qu’elle suscite : les Américains ne connaissent pas l’Europe, ils sous-estiment les masses financières considérables qui sont investies dans le programme Euromed, mais ne se priveront pas de l’instrumentaliser si nous ne défendons pas notre propre vision.

    Il est également temps de formaliser une doctrine européenne, ceci est notamment important pour la France.

    Il faut aussi que les Européens se revalorisent aux yeux des Américains. Cela peut se faire en manifestant plus de courage vis-à-vis des Palestiniens. Si nous ne réussissons pas à faire la preuve que ce dossier peut être résolu en des termes équitables pour toutes les parties au conflit, nous allons décrédibiliser les hommes d’Etat dans le monde arabe, alors que nous avons besoin d’eux comme partenaires. En ayant interrompu toute assistance à la population des Territoires, nous avons ouvert la porte à la radicalisation, qu’il s’agisse de djihad global et détérritorialisé ou du basculement annoncé dans le « choc des civilisations ».

    Joseph Bahout a centré son propos sur la crise libanaise, en rappelant que dans la guerre de l’été 2006 qui a opposé le Liban à Israël, une fois de plus, le Liban a été une fois de plus une caisse de résonance de tous les conflits de la région, incluant une dimension irano américaine, israélo-palestinienne, syrienne et libano libanaise.

    Mais pour comprendre tout cela, il est nécessaire de revenir à la résolution 1559. Nous avons là quelque chose de nouveau dans la culture onusienne, c’est-à-dire de mettre dans une même résolution plusieurs conflits à la fois : lien entre Hezbollah et Iran, problème libano syrien, équilibre intra-palestinien et injonction de revenir à la démocratie au Liban et de ne pas renouveler le mandat du président de la république.

    La crise syro-libanaise.

    Il y a un double complexe entre la Syrie et le Liban :

  • pour toutes les élites syriennes, il y a une illégitimité de l’espace libanais

  • l’espace libanais est devenu, dans la perception syrienne, l’espace où se fomentent tous les complots contre le régime syrien. C’est peut-être cela qui incite les Syriens à assassiner Rafik Hariri.

  • Par ailleurs, la tension entre sunnites et chiites est devenue structurelle au Liban, à partir du moment où l’assassinant de Hariri plaçait cette conflictualité au centre de ce jeu.

    À un niveau intra-libanais

    Depuis l’assassinat d’Hariri, le pays vit une transition interminable. Il existe actuellement deux récits qui fondent deux visions de la libanité. Ils sont tous deux révélateurs des modes de pratique politique. Chaque récit renvoie à un Liban différent, ayant ses propres ressources médiatiques, politiques, ses liens avec l’extérieur. Ces deux discours sont totalement irréconciliables sur la vision qu’ils ont de la communauté internationale.

    Pour le camp du 14 mars, il existe quelque chose qui est normativement positif et acceptable qui est la communauté internationale, une sorte d’entité kantienne.

    Parallèlement à cette conception, il y a la vision du Hezbollah et de l’opposition qui diabolise la communauté internationale, soumise à la volonté américaine.

    Nous sommes donc bien devant deux lectures antagonistes de la situation. Face à cela, il existe aujourd’hui une voie franco-américaine qui a tendance à vouloir placer le Liban sous la légalité internationale.

    Comment Bruxelles va-t-il se comporter vis-à-vis de la Syrie ?

    Le rapport Baker-Hamilton va-t-il être rapidement enterré ou saucissonné ? La philosophie et la volonté de ce projet est bien de désaméricaniser le projet américain dans la région pour l’internationaliser.

    Le risque serait de se trouver dans une situation intermédiaire entre désaméricanisation et internationalisation, se contentant d’un retrait américain partiel d’Irak.

     

    *****

    La seconde manifestation aura lieu au printemps prochain à Bruxelles.

    Trois ou quatre leaders de WP pourront développer méthodologies et résultats de leurs travaux devant un public essentiellement composé de commissaires européens, d’universitaires et de journalistes bruxellois.

     

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